De la Roche Parstire au Mont Coin : Le renoncement dans le brouillard et le retour en clarté
La première tentative vers la Roche Parstire, au début de l’été, laisse le souvenir indélébile de ces journées où la montagne se refuse. Un brouillard dense, cotonneux, était venu tout engloutir, effaçant les reliefs, dissolvant les horizons et transformant les crêtes herbeuses en pièges glissants. L’esprit cherche à deviner la suite, mais l’œil ne rencontre que le vide blanc. Face au manque absolu de repères vers la pointe 2491 qui précède la descente sur le Col des Meudes, la seule décision sage fut de faire demi-tour.
Plus bas, le retour réservait encore un épisode mémorable avec la traversée du ruisseau du Treicol. Privés de passerelle, il fallut bien se résoudre à affronter les trente à quarante centimètres d’une eau glacée et bouillonnante. Trouver ses appuis dans le fort courant, puis, enfin sur l’autre rive, vider les chaussures, essorer les chaussettes et sécher les pieds : ce gué improvisé laissa le souvenir amusé d’une immersion au sens propre dans la vie du vallon. Ce renoncement dans la purée de pois n’avait pourtant rien d’une défaite ; il n’était que le premier acte d’une traversée qui attendait son heure.
La récompense vint quelques semaines plus tard, sous un ciel enfin limpide. Reprendre l’itinéraire depuis le Lac des Fées en abordant le relief dans le sens Sud-Nord permet de dompter la pente. Grimper ce ressaut raide et schisteux du Col des Meudes à la montée offrit cette sensation rassurante de la pente que l’on maîtrise du regard et des mains, bien plus qu’une descente scabreuse sur un terrain fuyant. Au sommet de la bosse, le panorama éclata d’un coup : les vallonnements doux du Beaufortain venaient butter contre les architectures sévères de la Vanoise, la fière silhouette de la Pierra Menta et le dôme étincelant du Mont-Blanc. Le cheminement aérien jusqu’au Mont Coin ne fut alors qu’un pur enchantement, une marche au-dessus du monde où l’air vif des crêtes balayait la chaleur de la vallée.